Le Projet Supra Régional "Appui aux initiatives pour l'abandon des mutilations génitales féminines (MGF)" est une intervention de la Coopération allemande mise en ouvre par la GTZ, sur l'ordre du Ministère Fédéral de la Coopération Allemande, et qui couvre plusieurs pays d'Afrique occidentale et orientale. Au Burkina Faso, ce projet a apporté de 2000 à 2002 un appui technique et financier aux initiatives de lutte contre les MGF de huit organisations partenaires au niveau central et décentralisé des structures étatiques, des associations et ONG. Entre 2002 et 2004, le financement de quatre de ces organisations était reconduit pour leurs permettre de poursuivre leurs expériences novatrices sur le terrain. En 2005 le projet et les quatre organisations procédaient à la documentation des meilleures approches expérimentées sur le terrain en vue de leur diffusion auprès de partenaires intéressés. Le présent dossier vous amène à la découverte de cette expérience du Projet Supra Régional et de la réalité des mutilations génitales féminines (MGF) au Burkina Faso et à travers le monde.
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Sakandé Assamaou de l'école primaire Kalgondin A de la ville de Ouagadougou a déjà sa petite opinion sur les mutilations génitales féminines (MGF) : "l'excision n'est pas une bonne chose. Nous avons appris en classe que l'excision pouvait entraîner la mort et donner des maladies. Je ne ferai jamais exciser ma fille si je deviens grande".
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Deux millions de fillettes restent exposées à la pratique de l’excision chaque année.
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La furtive lueur de détermination qui passa dans le regard de la fillette d'une douzaine d'années prouve que ses paroles n'ont pas été lancées à la légère.
Pour comprendre le niveau de connaissances et la résolution de la petite, il faut savoir que son école a vécu en 2001-2002, une expérience sur l'enseignement des mutilations génitales féminines. Conduite par la Direction de l'Education en matière de Population (DEmP), cette expérience portant sur l'intégration de modules de promotion de l'abandon des MGF au niveau des établissements scolaires avait touché 12 écoles pilotes (6 du primaire et 6 du secondaire) à travers le Burkina Faso. L'expérience était partie d'une étude de base sur les connaissances des élèves, des enseignants et des parents d'élèves.
Enseignement des modules contre les MGF à l'école
Des modules et des supports avaient ensuite été produits, suivis d'une formation des enseignants qui devaient conduire l'expérience. Madame Guiguimdé Konkobo Augustine, enseignante à l'école Kalgondin A se souvient : "Après une formation à Goundi, nous avons démarré l'expérience à la rentrée scolaire 2001-2002. Nous avons voulu sensibiliser d'abord les parents mais cela n'a pas été facile de les réunir autour du sujet de l'excision. Ils ne voulaient pas discuter de cela en public. Certains se sont plaints et nous ont même menacées. Pour ces parents, il n'était pas question de parler de l'excision à leurs enfants. Nous avons organisé des séances de sensibilisation dans le quartier. Kalgondin est un quartier difficile mais à force de persévérance nous avons réussi à mener l'expérience à terme. Et paradoxalement, après une année d'activités, ce sont les parents qui nous ont encouragé à poursuivre et qui se sont engagés à nous accompagner dans la lutte contre l'excision. Je pense que l'expérience a été positive et il faut poursuivre la formation et le recyclage des enseignants sur ces modules des MGF".
Au lycée Vénégré de Ouagadougou où l'expérience a également été conduite, Boureima Traoré, le proviseur de l'établissement aime à citer le cas de cet élève qui a réussi à sauver sa sour d'une excision certaine en ameutant ses camarades, ses professeurs et son entourage sur les intentions de ses parents.
Au total, 7 900 élèves des 12 établissements ont été touchés au cours de la phase pilote et les disciplines concernées ont été le français, l'histoire, la géographie, les sciences naturelles, l'économie sociale et familiale ainsi que la philosophie.
L'éducation par les pairs
La nuit vient de tomber sur Orodara, une ville située à plus de 400 km de Ouagadougou et les jeunes du club Kinzambougou du nom de leur quartier, se retrouvent autour de quelques lampes tempêtes pour échanger. Les activités agricoles occupent les conversations en cette fraîche soirée du mois d'août qui a été moins pluvieux que les années précédentes. A l'origine, le club était un groupe de culture de jeunes entretenant un champ collectif. "En 2004, grâce à l'Association pour la Promotion de la Jeunesse Africaine et le Développement (APJAD), nous avons reçu une formation en matière de mutilations génitales féminines et c'est depuis cette formation que nous nous sommes engagés dans la lutte contre l'excision", explique Djénéba Kindo, une jeune fille dynamique, assurant le rôle de pair éducatrice dans le groupe.
C'est ainsi que le club organise régulièrement des séances d'animation ouvertes à tous les habitants du quartier. "Au début, les gens ne voulaient pas que nous parlions de ces sujets sur le sexe, surtout les personnes âgées. Nous avons mis l'accent sur les jeunes tout en nous appuyant sur des vieux compréhensifs. Nous avons aussi deux encadreurs qui nous épaulent en tant que personnes-ressources. Notre détermination et notre sérieux a fini par nous crédibiliser auprès des vieux qui ont admis que les jeunes ont le droit de parler et d'être écoutés sur les questions touchant leur sexualité", lance fièrement le deuxième pair éducateur du club.
Au nombre de 68, les pairs éducateurs animent 34 clubs mis en place par l'APJAD pour consolider les acquis du projet "jeunesse en campagne contre l'excision" qu'elle a conduit dans la province du Kénédougou.
Drissa Traoré, le coordonnateur provincial de l'APJAD du Kénédougou revient sur la conduite du projet : "Il faut rappeler que le projet a touché 6 villages du département de Orodara et les 7 secteurs de la commune. Nous avons choisi la pair éducation comme approche, c'est-à-dire qu'on s'appuie sur des jeunes pour sensibiliser et mobiliser les jeunes sur les questions de santé en général et les MGF en particulier. Nous avons ainsi formé de jeunes animateurs endogènes qui ont mené des activités de proximité auprès de leurs pairs. Les animateurs rencontraient alors les jeunes dans leur milieu avec leurs parents. Nous avons fait appel à des personnes-ressources qui pouvaient être des délégués de village, des chefs coutumiers ou des femmes leaders et que nous avons appelés encadreurs.
Ce sont ces encadreurs qui ont facilité le travail des animateurs sur le terrain. Nous avons encouragé les jeunes à s'organiser en petits groupes appelés clubs et nous avons formé en leur sein deux dynamiques jeunes (une fille et un garçon) pour assurer une animation et maintenir les acquis sur la lutte contre les MGF. Ces activités sont intervenues après des actions de sensibilisation comme les projections vidéo, les théâtres forum, les causeries débats. Le projet a pris fin actuellement mais les actions sur le terrain se poursuivent; en témoigne ces dénonciations de cas d'excision ou d'intention d'excision que nous enregistrons dans les villages".
Education sur les droits humains
Les populations de la province du Zoundwéogo et de toute la région se souviennent avec émotion de l'événement comme si c'était hier. Le 23 mai 2003, les habitants de 23 villages des départements de Béré et de Bindé s'étaient retrouvés dans la ville de Béré située à une centaine de kilomètres de Ouagadougou pour une cérémonie inimaginable il y a seulement quelques dix années. Ce jour-là, les habitants de ces villages s'étaient engagés publiquement à renoncer à la pratique de l'excision au cours d'une cérémonie solennelle ayant réuni des leaders traditionnels et religieux, des hommes politiques et des journalistes. Les chefs coutumiers avaient alors procédé à des offrandes aux ancêtres, traduisant ainsi le caractère sacré de l'engagement des populations. Cette déclaration publique sur l'abandon de la pratique de l'excision a été le résultat de deux années d'exécution du programme de renforcement des capacités villageoises conduit dans la province du Zoundwéogo par l'ONG Mwangaza Action. "L'approche que nous avons utilisée est un programme holistique d'éducation à base communautaire qui a été expérimentée au Sénégal par l'ONG TOSTAN. Nous avons adapté cette approche au Burkina Faso dans le cadre d'une coopération entre Mwangaza Action, Population Council et la GTZ" précise Djingri Ouoba, chargé de programme à Mwangaza Action. Au Burkina Faso, l'approche a porté sur une éducation communautaire aux droits humains. L'accent a été mis sur quatre modules, à savoir l'éducation aux droits humains, la santé de la femme, le processus de résolutions des problèmes, l'hygiène et la prévention des maladies.
En deux ans d'activités, le programme a pu toucher près de 1 300 personnes de 23 villages dans les départements de Béré, Bindé et Sondré.
Les leaders communautaires s'impliquent
En fin 2000, une marche de protestation contre l'arrestation d'exciseuses avait conduit des femmes de Ouahigouya devant les locaux du Haut Commissariat, de l'Action Sociale et de l'Association pour l'Appui Moral, Matériel et Intellectuel à l'Enfant (AMMIE). Cette marche anachronique en ce siècle pour soutenir l'excision allait cependant donner un coup de fouet à la lutte dans le Yatenga où 95,5% des femmes sont excisées selon une étude réalisée en 2000. "Après cette marche, nous nous sommes rendus compte qu'il fallait intensifier la lutte en impliquant les leaders communautaires.
Il nous fallait sensibiliser ces leaders sur les méfaits de l'excision et les gagner à notre cause." explique Mme Safiétou Ouédraogo, la secrétaire adjointe de l'AMMIE, chargée de la coordination des activités de lutte contre la pratique de l'excision. Présente sur le terrain depuis 1992, l'AMMIE va impliquer davantage les leaders communautaires à travers plusieurs formations. C'est ainsi que des femmes responsables d'associations et de groupements, des chefs coutumiers et religieux, des responsables administratifs et des ex-exciseuses vont s'engager dans les activités de sensibilisation et d'éducation contre l'excision au sein de leurs familles et de toute la communauté.
L'organisation, en juin 2001, d'une journée d'agitation (sensibilisation tous azimuts) a démontré, par la forte mobilisation qu'elle a connue, la détermination de l'AMMIE à ne plus céder du terrain dans la lutte contre l'excision.
Des activités de sensibilisation comme les causeries-débats, les émissions radiophoniques, les projections de films, les soirées culturelles et les discussions de groupes au sein des communautés, sont régulièrement organisées à travers la province.
Pour Moussa Sam, le directeur provincial de l'Action sociale et de la Solidarité nationale du Yatenga "l'approche de AMMIE est efficace sur le terrain dans la mesure où elle associe réellement les communautés à la base. L'association est bien représentée dans les départements et les villages et leurs animateurs et animatrices sont des relais importants dans la lutte contre l'excision."
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Une lutte de longue haleine
La lutte contre l'excision est un véritable marathon commencé au début du siècle dernier et dont l'arrivée se dessine encore en une ligne imprécise à l'horizon. En Afrique, la lutte contre l'excision a commencé au début du 20e siècle avec les missionnaires et l'administration coloniale qui tentèrent d'interdire la pratique. Au Soudan par exemple, il y a eu en 1946 une première loi interdisant l'excision. Le contexte et le sentiment anticolonialiste qui animaient les populations allaient retourner la situation et présenter malheureusement l'excision comme une valeur de résistance au colonisateur. Insister sur cette lutte contre l'excision pouvait se révéler dangereux pour les intérêts du colonisateur qui n'hésita pas à faire marche arrière, laissant les Africains poursuivre leur pratique. Il a fallut attendre les années 60 et 70 pour que les mouvements féministes européens et américains reviennent à la charge en présentant les mutilations génitales féminines comme une forme de discrimination à l'égard des femmes. La question de l'excision revenait ainsi au devant de l'actualité internationale et plusieurs pays africains commencèrent à aborder timidement le sujet.
L'année internationale de la femme en 1975 donna du nerf à la lutte avec les ONG, les associations féminines et les médias qui prirent franchement position contre l'excision. L'avènement de la révolution en 1983 au Burkina Faso allait définitivement faire de la lutte contre l'excision une préoccupation nationale avec le volontarisme des dirigeants de l'époque.
En 1985, la tenue d'une semaine nationale de la femme a débouché sur un appel pour l'abolition de l'excision. En octobre 1988, un comité provisoire de lutte contre l'excision voyait le jour.
Le 18 mai 1990, était créé le comité national de lutte contre la pratique de l'excision chargé de coordonner toutes les actions sur l'ensemble du pays.
En 1996, le Burkina Faso adoptait une loi interdisant la pratique de l'excision. La même année, le Comité national de lutte contre la pratique de l'excision mettait en place un numéro dénommé SOS-excision (50 31 15 71) permettant aux populations de dénoncer les cas d'excision dans les quartiers et les villages. Un numéro vert (80 00 11 12) a été installé en avril 2005 pour encourager davantage les dénonciations.
L'année 2000 verra l'institutionnalisation d'une Journée Nationale de lutte contre la pratique de l'excision célébrée chaque 18 mai.
L'adoption de la loi contre la pratique de l'excision et la répression qui en a découlée a jeté la pratique dans la clandestinité.
L'excision se "rabattant" alors sur des filles de plus en plus très jeunes et même sur des bébés. La pratique devint plus pernicieuse. Il faut rappeler que pour la communauté internationale, les mutilations génitales féminines constituent une violation des droits des enfants.
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Mme Pascaline Sebgo, Coordinatrice nationale du projet supra régional
"Nous allons diffuser les meilleures approches "
Mme Pascaline Sebgo née Kouraogo qui est engagée dans la lutte contre la pratique de l'excision depuis de longues années, a conduit en tant que coordinatrice nationale, le Projet Supra Régional "Appui aux initiatives pour l'abandon des MGF". Mme Sebgo est actuellement chargée du volet droits humains du Programme Santé sexuelle/VIH-SIDA/Droits Humains/Lutte contre le trafic et les pires formes de travail des enfants (PSV/DHTE), volet dans lequel la Coopération allemande continue d'appuyer les activités de promotion pour l'abandon de la pratique de l'excision.
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Sidwaya. (S) : Faites-nous l'historique du Projet Supra Régional
Pascaline Sebgo. (P.S.) : L'idée de ce projet est partie du constat que la pratique de l'excision qui constitue une forme de violation des droits de l'homme est très répandue. La Coopération allemande a donc pris la décision en 1999, en concertation avec un certain nombre de pays africains, d'appuyer des initiatives contre les
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mutilations génitales féminines (MGF) afin d'aider à promouvoir leur abandon. C'est un projet qui couvre plusieurs pays en Afrique occidentale et orientale comme le Burkina Faso, le Sénégal, le Mali, la Guinée-Conakry et l'Ethiopie entre autres. Dans sa composante du Burkina Faso, le Projet Supra Régional a soutenu, de 2000 à 2002, huit organisations partenaires qui ont développé des approches spécifiques de promotion de l'abandon des MGF dans des zones de haute prévalence. Il s'agit du Comité National de Lutte contre la Pratique de l'Excision (CNLPE) , de la Direction de l'Education en matière de Population (DEmP), de l'Association pour la Promotion de la Jeunesse Africaine et le Développement (APJAD), de l'Association pour l'Appui Moral, Matériel, et Intellectuel à l'Enfant (AMMIE), de l'Association Wuro-Yiré, du comité provincial de lutte contre la pratique de l'excision de la Comoé, du comité provincial de lutte contre la pratique de l'excision du Zoundwéogo et de l'Association Mwangaza Action.
Avec le Comité National de Lutte contre la Pratique de l'Excision, il s'est agit entre autres de renforcer son rôle de coordination de l'ensemble des interventions en matière des MGF au Burkina Faso. Les autres approches développées ont porté sur l'intégration des MGF dans l'enseignement par la DEmP, l'utilisation des pairs éducateurs jeunes par L'APJAD à Orodara dans le Kénédougou, l'implication des leaders communautaires dans le Yatenga par l'AMMIE, l'utilisation des griots et des griottes à Bobo Dioulasso (Province du Houet) par l'association Wuro-Yiré. Le Comité provincial de lutte contre la pratique de l'excision de la Comoé en collaboration avec les associations de femmes "Namouna" et "Munyu" ont utilisé la radio et des femmes leaders dans leur approche tandis que le comité provincial de lutte contre la pratique de l'excision du Zoundwéogo s'est appuyé sur des ex- exciseuses et des Imams ; enfin, l'Association Mwangaza Action a utilisé une approche basée sur l'éducation communautaire par les droits humains qui a déjà été expérimentée au Sénégal par l'ONG TOSTAN. De 2003 à 2004, le projet a reconduit le financement de quatre de ces organisations pour poursuivre leurs expériences, à savoir la DEmP, l'AMMIE, l'APJAD et l'association Mwangaza Action.
S. : Quels étaient les objectifs du projet ?
P.S. : De façon spécifique le projet visait trois objectifs. Il s'agissait dans un premier temps de promouvoir les initiatives pour l'abandon des mutilations génitales féminines, ensuite de capitaliser et de valoriser les expériences et les approches locales et régionales de lutte contre la pratique de l'excision. Il s'agissait enfin de collecter et de traiter les informations et les expériences pertinentes en vue d'identifier les meilleures approches ; c'est-à-dire les approches qui sont couronnées de succès et de les diffuser auprès des autres intervenants. Le caractère supra régional de ce projet vise à voir dans une large mesure dans les différents pays où la pratique est menée et d'identifier toutes les initiatives qui sont prometteuses, de les appuyer, de les capitaliser et de mettre ces expériences à la disposition de tous ceux qui interviennent dans la lutte contre les pratiques de l'excision. Il y a un autre objectif qui visait à appuyer les autres projets et programmes de la Coopération allemande pour la prise en compte de la promotion de l'abandon des mutilations génitales féminines dans leurs activités. C'est cet aspect d'appui aux autres programmes qui doit faire qu'à la fin du Projet Supra Régional, les autres projets et programmes puissent continuer les activités sur le terrain.
S. : Que vise la documentation des meilleures expériences que vous avez réalisée ?
P.S. : Il y a quatre expériences qui ont été jugées les plus réussies et qui ont fait l'objet de de documentation en 2005. Il s'agit des expériences portant sur l'introduction de modules sur les MGF dans l'enseignement conduite par la DEmP, sur l'implication des leaders communautaires menée par L'AMMIE, de la pair éducation conduite par l'APJAD et enfin sur la promotion des droits humains conduite par l'association Mwangaza Action.
La documentation des expériences vise deux objectifs : le premier est de mettre à la disposition des intervenants des documents qui présentent les expériences réussies. Ces documents vont contenir une description détaillée du processus de mise en ouvre du projet, les résultats obtenus, l'impact de ces approches et aussi les leçons apprises pour permettre aux autres intervenants de tirer des leçons et d'améliorer leurs actions. Le deuxième objectif vise à doter ces organisations partenaires du projet d'un outil de plaidoyer pour aller vers d'autres partenaires afin de mobiliser des fonds pour continuer leurs activités. Il faut dire aussi que notre programme apporte toujours son appui au Comité National de Lutte contre la Pratique de l'Excision qui a un volet appui aux associations, ONG et autres organisations.
A travers cet appui, il s'agit de motiver le soutien à ces structures pour la poursuite des activités sur le terrain.
Il y a aussi l'appui d'une assistante technique du Service allemand de développement (DED) qui va accompagner, non seulement le Comité National de Lutte contre la Pratique de l'Excision mais également les organisations partenaires dans la planification pour leur permettre d'avoir des documents bien élaborés en plus des expériences développées ; ce qui va leur permettre de rechercher des fonds complémentaires pour la poursuite des activités auprès d'autres partenaires.
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Une pratique moyenâgeuse
Pratique venue du fond des âges, l'excision remonterait au 5e siècle avant Jésus Christ. Certains auteurs pensent que l'excision a été pratiquée au fil des siècles par plusieurs civilisations sur tous les continents. Ayant malheureusement traversé les siècles contre tout bon sens, cette pratique néfaste se retrouve aujourd'hui confinée dans 28 pays africains. On la signale aussi en Asie et au Moyen-Orient, précisément au Yémen, en Inde et en Indonésie. L'OMS estime qu'au moins 130 millions de fillettes et de femmes ont subi des mutilations génitales féminines à travers le monde et que 2 millions de fillettes restent exposées à ces pratiques chaque année.
Au Burkina Faso, la pratique touche la plupart des groupes ethniques.
L'enquête démographique et de santé (EDS) de 2003 a révélé que 77% des femmes et des filles de 15 à 49 ans au Burkina Faso ont subi une mutilation génitale féminine. Chez les mossis, l'ethnie majoritaire par exemple, d'autres études avaient révélé que les 3/4 des femmes adultes ont été excisées. La pratique de l'excision aurait fait son apparition dans le royaume mossi sous le règne de Naba Kom I (1744-1762). Le Larlé Naba Ambga et Robert Pageard rapportent dans leurs écrits que c'est Naba Kom I qui a imposé la circoncision à tous les notables mossis. Sa mère, une femme Yarga du village de Doundoulouma l'aurait fait circoncire à son enfance par des Yarcés. D'origine Mandingue, les Yarcés étaient les seuls à cette époque à pratiquer la circoncision. Parvenu plus tard sur trône, Naba Kom I exigea que tous les princes et leurs suivants adoptent cette pratique qui se généralisa par la suite. Les autochtones Nioniossé et les forgerons étaient dispensés de cette obligation. L'excision fut instituée en même temps pour les filles et les opérations avaient lieu dans des villages spécialisés.
En Afrique de l'Ouest, la prévalence des mutilations génitales féminines varie entre 5% au Niger et 99% en Guinée-Conakry.
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Des acteurs de la lutte s'expriment
Mme Pascaline Tamini Ministre de l'Action Sociale et de la Solidarité Nationale
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"Je pense que si nous avons obtenu des résultats dans la lutte contre l'excision avec notamment une baisse sensible du taux de prévalence de la pratique, c'est grâce à l'implication de plusieurs acteurs. L'appui des partenaires a été appréciable dans plusieurs domaines comme la sensibilisation, le renforcement des compétences des acteurs et la connaissance même du phénomène. Le projet supra régional " appui aux initiatives pour l'abandon des mutilations génitales féminines " de la Coopération allemande mis en ouvre par la GTZ nous a
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permis entre autres de renforcer le rôle de coordination du Comité national de lutte contre la pratique de l'excision, de renforcer les compétences des acteurs sur le terrain et de mener des actions de sensibilisation dans plusieurs provinces à travers des associations. Les études menées par le projet et la GTZ en général sur le terrain nous ont permis d'avoir des données récentes sur la pratique de l'excision. Les résultats de ces études nous permettent de mieux orienter la lutte. Ce qui est très important car force est de constater que malgré nos efforts, le phénomène demeure. Il y a quelques mois, nous avons été alertés qu'à Kaya (région du Centre-Nord), une localité située à une centaine de kilomètres de Ouagadougou, il y avait eu une trentaine de cas d'excision. Cela donne à réfléchir et nous ne devons pas oublier que l'excision est une pratique sociale très ancrée dans les mentalités des populations. L'excision est un problème aux racines profondes dont la résolution demande beaucoup de temps et de la persévérance. Il nous faut développer de nouvelles stratégies et cela demande souvent beaucoup de moyens. Je lance à ce sujet un appel à l'ensemble des partenaires pour leur dire que la bataille n'est pas encore gagnée et qu'ils doivent continuer à nous appuyer afin que nous puissions atteindre l'objectif de la tolérance zéro d'ici 2010 en matière d'excision. Il nous faut voir aussi comment pérenniser les acquis obtenus avec certains partenaires comme la Coopération allemande dans le cadre du projet supra régional " appui aux initiatives pour l'abandon des mutilations génitales féminines " qui a eu des résultats positifs sur le terrain."
Mme Philomène Kaboré, directrice provinciale de l'Action Sociale et de la Solidarité Nationale du Kénédougou :
"Au niveau du Kénédougou, la pratique de l'excision a considérablement baissé même si le constat actuel est que la pratique est passée dans la clandestinité. Le travail du Comité Provincial de Lutte contre la Pratique de l'Excision et des associations sur le terrain a permis de réduire la pratique. Nous avons apprécié positivement l'approche de l'APJAD qui facilite la communication entre les jeunes, entre les personnes âgées. Dans les villages où l'approche a été mise en ouvre, la majorité des gens ont laissé tombé l'excision et les personnes qui veulent persister sont dénoncées. Malheureusement les mesures de protection vis-à-vis de ceux qui ont ce courage de dénoncer les cas d'excision dans les villages sont insuffisantes.
Quand il y a dénonciation, ces personnes engagées dans la lutte font l'objet de tracasseries et de menaces. Les peines infligées aux exciseuses et aux complices ne sont pas souvent à la hauteur des actes posés. Le dernier cas que nous avons vécu a été la condamnation d'une exciseuse de N'Dorola à une peine de 6 mois avec sursis. Une condamnation ferme aurait pu servir de leçon et dissuader d'autres exciseuses de la région".
Marcel Sawadogo, responsable des catéchistes à la Paroisse de Ouahigouya :
"Nous avons bénéficié de plusieurs formations grâce à AMMIE et c'est après cela que nous avons investi les quartiers pour sensibiliser sur les méfaits de l'excision. Avant nous ne nous sentions pas individuellement concernés par le problème de l'excision. C'est à l'issue des différentes formations que nous avons pris conscience de la nécessité de nous engager dans la lutte. Nous avons une rencontre mensuelle des catéchistes venant de plusieurs localités et nous profitons pour les sensibiliser et les former afin que de retour dans leur zone, ils sensibilisent les populations.
Chaque semaine nous profitons aussi des messes dans les quartiers pour parler des méfaits de l'excision. Même si la pratique de l'excision tend à la baisse, nous devons persévérer. Moi, je donne l'exemple en ne faisant pas exciser mes filles. Il y a une collaboration entre responsables religieux et nous avons des rencontres périodiques avec les musulmans. Nous animons ensemble des émissions tous les vendredis à la radio "Notre dame du Sahel".
Moumouni Ouédraogo, membre de la communauté musulmane de Ouahigouya :
"Nous sommes impliqués dans la lutte contre l'excision depuis un certain temps déjà. Nous avons pris part à plusieurs rencontres et formations sur la pratique de l'excision. Ce qui nous a permis de comprendre l'inutilité de cette pratique qui n'a que des conséquences néfastes. Les Européens et les Arabes ne pratiquent pas l'excision qui n'est pas à notre connaissance une obligation religieuse. Il faut à ce sujet reconnaître qu'il y a des musulmans qui n'ont pas encore compris. Lors de nos séances d'enseignement de la lecture du coran, nous faisons de la sensibilisation sur l'excision auprès des femmes. Nous sillonnons souvent les villages pour des séances de sensibilisation. Sur place, nous échangeons avec les responsables religieux. Nous pensons qu'actuellement il faut être plus sévère en matière de répression. Les changements de comportement sont lents et dans le cas de l'excision il faut allier la sensibilisation à la répression. Tant qu'il y aura des naissances de filles, il faut rester vigilant. Il faut même généraliser la sensibilisation".
Amadé Ouédraogo, le Toogo Naaba du Yatenga (Premier ministre du Yatenga Naaba):
"Quand j'ai été intronisé, j'ai fait le constat que le Yatenga Naaba (le chef du Yatenga) était engagé dans la lutte contre l'excision. Je n'ai eu qu'à emboîter son pas et cela a été facilité par des formations que j'ai eues sur la pratique. On accuse souvent la coutume d'être à la base de l'excision. Cela n'est pas vrai. Les gens cherchent de faux alibis pour continuer leur pratique. L'excision ne faisait pas partie de nos coutumes, puisque c'est une pratique venue d'ailleurs. La civilisation mossi a existé pendant très longtemps avant que ne soit introduite la pratique de l'excision dans nos sociétés. Ceux qui insistent pour dire que l'excision relève de la coutume, ternissent nos traditions. Les chefs traditionnels doivent donc s'investir pour contribuer à mettre fin à la pratique. Il ne faut pas baisser les bras actuellement, même si on constate un recul de la pratique. Je pense que la loi devrait être actuellement plus sévère avec ceux qui persistent à pratiquer l'excision. Les peines à ce sujet devraient être plus lourdes".
Mme Eva Neuhaus, conseillère technique principale du Programme Santé sexuelle/VIH-SIDA/Droits Humains/Lutte contre le Trafic et les pires formes de travail des Enfants (PSV/DHTE) :
"Nous pensons que la pérennisation des acquis du Projet Supra Régional va être assurée à plusieurs niveaux. Il était par exemple prévu depuis le début que les autres programmes de la Coopération allemande intègrent le volet MGF à la fin du Projet Supra Régional. Le PSV/DHTE poursuit ainsi des activités de lutte contre la pratique de l'excision dans ses deux volets droits humains et santé sexuelle et reproductive. Nous pouvons seulement regretter que le PSV/DHTE qui intervient dans les régions de l'Est et du Sud-Ouest ne couvre pas les zones du Projet Supra Régional.
Avec la capitalisation des expériences, nous pensons qu'il y aura une continuité en ce qui concerne les meilleures approches. Les organisations qui ont conduit ces approches restent sur le terrain et la continuité peut être assurée à travers leurs activités. L'assistante technique du Service allemand de Développement (DED) au niveau du PSV/DHTE, en la personne de Mme Inga Nagel, reste également disponible pour soutenir le processus après la capitalisation en accompagnant le plaidoyer auprès d'autres partenaires pour la poursuite des activités sur le terrain. Le PSV/DHTE est fortement déterminé à poursuivre la promotion de l'abandon de la pratique de l'excision. A partir des différentes expériences sur le terrain, il faut arriver maintenant à raffiner les messages en direction des populations.
Il faut privilégier la communication de proximité pour amener les gens à s'exprimer, à poser des questions et à échanger leurs expériences. Il faut donc aller au-delà des messages un peu superficiels et approfondir les arguments afin de convaincre les populations."
Ce dossier a été réalisé par Hamado NANA
Avec la collaboration de :
- Eva NEUHAUS, Conseillère Technique Principale, GTZ
- Pascaline SEBGO, Chargée de Programme DHTE, GTZ
- Inga NAGEL, Assistante Technique DED
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Une négation de la nature
On entend par mutilation génitale féminine les pratiques englobant toutes les interventions qui entraînent l'ablation partielle ou totale des organes génitaux féminins externes ou des lésions des organes génitaux féminins. Cela pour des raisons culturelles ou pour toute raison autre que thérapeutique.
L'excision est une des formes de mutilation génitale féminine qui consiste en l'ablation partielle ou totale du clitoris et parfois des petites et grandes lèvres de l'organe génital externe de la femme. On peut distinguer plusieurs types de MGF. Une excision du premier degré qui consiste à enlever uniquement le clitoris de la femme. Une deuxième forme d'excision consiste à enlever le clitoris et les petites lèvres.
L'excision du troisième degré consiste à racler toute la vulve de la femme, c'est-à-dire le clitoris, les petites lèvres et les grandes lèvres et à coudre ensuite le sexe en laissant uniquement le méat urinaire. Le sexe de la femme n'étant décousu que le jour de son mariage. C'est l'infibulation. Il existe un quatrième type constitué des autres pratiques non classées telles que l'étirement du clitoris.
Au Burkina Faso, c'est l'excision du premier degré qui consiste à enlever une partie ou la totalité du clitoris appelée clitoridectomie, qui est la plus pratiquée avec 92,86% des cas selon une enquête nationale menée en 1996.
La deuxième forme (ablation du clitoris associée à celle des petites lèvres) représente 7,14% des cas. L'infibulation n'est pas pratiquée au Burkina Faso.
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